La machine emmenée par un tracteur coupait les tiges de blé grâce à la partie faucheuse et les rassemblait en gerbes grâce à la partie lieuse qui entourait chaque brassée de blé d’une ficelle de chanvre et la bloquait avec un nœud.
Une fois le blé coupé et mis en gerbes, il s’agissait de ramener la récolte dans la cour de la ferme.
Les hommes prenaient alors chaque gerbe une à une et les chargeaient sur un « plateau » tiré par un tracteur , soit un petit Ford bleu soit un haut perché Farmall rouge, et les acheminaient jusqu’au village. Ce travail était réalisé en pleine chaleur, quand le soleil était bien haut pour éviter la reprise de l’humidité des épis.
Les hommes mettaient les gerbes en tas dans la cour de la ferme de telle manière que la pluie, si elle arrivait, ne gâte pas le grain.
Une fois toute la récolte entreposée dans la cour, tout le voisinage était convoqué pour le battage du grain. Environ 15 à 20 hommes des fermes voisines prenaient part au travail. C’était les du travail en équipe, chacun rendant le temps passé à son voisin.
Les hommes arrivaient tres tôt le matin. La journée commençait par un rapide casse-croûte avec rillettes, pâtés, saucissons faits maison bien sûr, un café et quelque fois une p’tite goutte !!
Vers 9 h – 9 h 30, on prenait un premier repas assez rapide et le travail recommençait.
Enfin, un second repas était servi vers 14 h quand le chantier était terminé dans la ferme. Après ce repas, un peu plus long, la batteuse était déplacée chez le fermier suivant si le travail était fini ici
A la fin du chantier, des rafraichissements étaient servis et chacun rentrait vite chez soi car la journée de ces agriculteur n était pas finie il fallait faire son travail et nourrir ses animaux
Il fallait des hommes pour mettre à tous les postes :
- 6 à 8 hommes approchaient les gerbes pour approvisionner la batteuse, souvent des jeunes forts et dynamiques. Ils travaillaient intensément pendant ½ heure et se reposaient ½ heure à tour de rôle,
- 3 à 4 hommes sur la batteuse pour couper les ficelles, démêler les gerbes et approcher les tiges de blé du batteur. On appelait ça « engrainer »,
- 2 hommes à ramasser la paille qui tombait entre la batteuse et le monte-paille,
- 2 ou 3 hommes aux sacs. La batteuse crachait le grain dans des sacs de toile de chanvre, les hommes les fermaient et les transportaient au grenier pour le stockage,
- 4 à 5 hommes sur le pailler s’affairaient avec leur fourche pour former un énorme tas de paille, stockée en vrac. Il fallait être habile pour bien positionner la paille, la tasser et monter droit pour que le pailler ne s’écroule pas !
- Aux Greniers, le travail de battage durait une journée, mais ensuite on devait rendre le temps aux voisins, donc la saison des « battages » durait plus de deux semaines pour les toutes les fermes.
- C’était un travail très difficile, poussiéreux, harassant, dangereux pour ceux qui étaient sur la batteuse avec les risques de se faire attraper les bras par le batteur.
- Mais c’était également une grande réunion conviviale où toutes les générations se côtoyaient.
- Le travail était intense sur la batteuse ainsi que dans les cuisines. Tous les hommes mangeaient sur place. Les femmes cuisinaient pour ces grandes tablées d’hommes affamés et desséchés par la poussière.
Et le dernier jour des battages c était la fête
Le grain était à l’abri, la paille mise en pailler, les hommes et les femmes pouvaient souffler.
On sortait les bouteilles, parfois l’accordéon ou le violon et la soirée se terminait fort tard dans une bonne ambiance. Bugnes et brioches déposées sur un linge blanc circulaient dans de larges corbeilles plates en paille tressée pour le bonheur des enfants
Les moissons ont changé avec l’arrivée de la 1ère moissonneuse. Les années suivantes, toutes les fermes sont passées à la moissonneuse-batteuse. Le travail était plus rapide, il y avait moins besoin de main d’œuvre puisque la machine coupait et battait le blé en même temps. Les premières moissonneuses faisaient aussi office de presse à basse densité !
Les agriculteurs sont donc restés dans leurs fermes et ont fait appel aux voisins seulement pour le ramassage des bottes de paille, de moins en moins souvent car les machines montaient en puissance
Les grandes tables pour 25 hommes ont été remisées au fournil et les femmes ont pu souffler un peu pendant les moissons. Même si les 3 ou 4 voisins qui venaient pour transporter la paille restaient manger, il n’y avait plus à faire 2 ou 3 repas pour autant d’hommes !
La moissonneuse-batteuse fut une véritable révolution avec une plus grande rapidité de récolte, moins de risque de la gâter en raison de la pluie puisque le travail allait plus vite avec beaucoup moins de fatigue pour les hommes. Les semences ont changé, les moissons commencent beaucoup plus tôt et en quelques jours une commune est moissonnée ;
Bien sur on ne saurait regretter ces temps rudes pour obtenir de la terre le nécessaire à vivre de son travail. Les agriculteurs préfèrent souvent posséder leur matériel et l échange de travail source de convivialité a très fortement disparu .
Apres les profonds changement du travail lié aux moissons la disparition des troupeaux changea beaucoup le paysage du village……